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Oscar Ier
 

Moutons Mérinos à Rambouillet

Les Tricoteuses, gravure attribuée à Pierre-Etienne le Sueur

Trabuc des échassiers

Pêcheur avec béret basque, au monastère de Sarrance (1760)

... QUE CA SE PASSE !

SUR LES TRACES DE L'HISTOIRE

☻ Depuis l'âge de Bronze

L'emploi de la laine comme fibre textile est largement attesté dans le Nord dès 1600-1500 avant JC, par des découvertes archéologiques dans les tourbières. Filer et tisser se pratiquent depuis plus de vingt siècles, et si la laine gauloise s'exporte, elle n'a pas la même renommée en terme de finesse et de confort que la concurrence méditéranéenne ! Le tissu de laine s'améliore au Moyen-Age pour donner le drap ; l'essor économique de la draperie au Xème siècle est très vite suivi de la concentration régionale de l'activité textile en Occident, dans la Flandre (XIème), le Brabant et l'Italie du nord (XIIIème), puis l'Angleterre (XIVème). L'industrie textile domine l'Europe jusqu'au XIXème siècle, puis l'industrialisation amorce de grands mouvement d'urbanisation avec la création d'une agglomération autour de Lille, Roubaix et Tourcoing. Après la première guerre mondiale, de nombreuses filatures se diversifient dans le fil à tricoter : la Lainière de Roubaix par exemple devient la filature la plus moderne d'Europe, emploie plus de 8000 personnes et lance Pingouin en 1923. Au début des années 50 les effectifs diminuent en partie à cause de la modernisation, mais le développement du prêt-à-porter dans les sixties porte encore un coup à cette industrie. Dans les années 70, le secteur du fil à tricoter entre en crise et les licenciements se succèdent, puis les fermetures de sites : la Lainière (Stemm, Rodier, Korrigan, fils à tricoter Pingouin, Welcomme, Pernelle, fils industriels de bonneterie) voit ses ventes de laine à tricoter chuter de 50% en 1988-1989 et réduit ses effectifs en conséquence. Dans les années 90, des marques disparaissent, et d'autres se diversifient dans la confection pour survivre. Le début du XXIème siècle serait-il un deuxième souffle pour le tricot ?

☻ Le mouton Mérinos une invention française ?

L'ancêtre de notre mouton serait le mouflon d'Asie, domestiqué en Irak vers 8900 avant JC et introduit en France au VIIème millénaire. Au XVIIIème siècle, l'Espagne a le monopole de la laine fine grâce à ses moutons "Merinos" (serait le nom des fonctionnaires espagnols en charge du contrle de la commercialisation de la laine fine sur les territoires repris aux Arabes), et est en passe d'acquérir celui du drap de qualité : insupportable ! A l'époque, la France ne produit pas assez de laine et l'importe d'Espagne à prix fort. Notre bon roi Louis XVI décide alors en 1786 d'acheter 380 têtes à son cousin Charles III, roi d'Espagne, et les loge dans la Ferme expérimentale qu'il a créée à Rambouillet trois ans plus tt (on est en plein dans l'époque de l'"agromanie"), puis en 1795, le traité de Bâle impose à l'Espagne de livrer 1000 béliers et 4000 brebis supplémentaires à la France ! Les travaux sur les croisements des races et la consanguinité aboutissent peu à peu à une race homogène produisant une laine extra fine et d'excellente qualité : le Mérinos de Rambouillet, exporté ensuite entre 1850 et 1930 pour améliorer les troupeaux de pays producteurs de laine (Australie, Argentine, Autriche, Hongrie, Russie). Le seul troupeau de Mérinos de Rambouillet (150 têtes) dont on maintient la pureté de la race est à la Bergerie Nationale de Rambouillet qui héberge aussi le Musée du mouton (voir photo).

☻ Les Tricoteuses de la Révolution ou l'esprit citoyen

Pour être valides, les séances de la Convention doivent être publiques et pour être sre de la présence de public, la Convention paye 50 sols par jour des femmes issues du peuple (sans-culottes) pour y assister. Pendant la Terreur, leur rle se développe, car le Tribunal Révolutionnaire a besoin de légitimer par le peuple les décisions qu'il prend : caqueteuses et tricoteuses (un décret du 6 Nivse de l'An 2 - 26 décembre 1793 - les autorise à tricoter pendant qu'elles assistent aux sessions) signent contre un maigre pécule et sans rien y comprendre tous les actes et jugements qu'on leur soumet, dont des milliers de condamnations à mort. Elles sont payées pour être à l'entrée du tribunal, sur les routes empruntées par les charettes des condamnés, et sur les marches de la guillotine pour insulter les victimes. Les manières des sans-culottes sont grossières, triviales, leurs propos sont orduriers, et les Tricoteuses de Robespierre se portent à de tels excès qu'on les surnomme les "Furies de la guillotine" ! Elles disparatront avec les Jacobins. Charles Dickens les décrit dans un de ses romans, "A tale of Two cities", illustré dans la première édition américaine par John McLenan ( http://dickens.stanford.edu/tale/two_cities.html ), mais elles sont également croquées par l'un des frères le Sueur (voir photo) avec pour titre "Tricoteuses Jacobines ou de Robespierre" et légende "Elles étoient en grand nombre à qui l'on donnait 50 sols par jour pour aller dans la tribune des Jacobins applaudir les motions Révolutionnaires". Pour plus d'informations sur la Révolution Française, voir http://revolution.1789.free.fr .


QUELQUES-UNES DE NOS VALEURS SURES

☻ Les bergers des Landes

Avant d'être plantées de pins et drainées, les Landes sont un immense pays marécageux car l'invasion de sable dans les terres sur un sol imperméable empêche l'écoulement des eaux vers l'océan. Ingrate, cette région n'est quasiment peuplée que de bergers dont les échasses leur permettent de se frayer un chemin sans se mouiller les pieds.

Les premiers témoignages de la présence d'échasses dans cette région datent du début du XVIIIème siècle. Mais est-ce une invention locale ou un héritage des Flamands, qui les utilisent depuis le Moyen-Age, venus dans la région bordelaise dans la première moitié du XVIIème siècle pour des travaux d'assainissement ? Les bergers landais possèdent un bâton sur lequel ils s'appuient pour se reposer, en position de "trépied"; c'est aussi dans cette position qu'ils tricotent leurs "trabucs", sortes de guêtres (voir photo). Mary Thomas dans "the Knitting book", 1938, relate qu'ils tricotaient avec des aiguilles à bout crocheté et enroulaient le fil autour de leur cou. Il semble d'ailleurs que les aiguilles à bout crocheté aient été couramment utilisées par les bergers ; faut-il y voir un lien avec le fait qu'en crochet, technique qui n'apparat pas avant la fin du XVIIIème ou le début du XIXème siècle, faire des mailles coulées s'appelle "shepherd's knitting" ? Trabucs provient sans doute du patois, mais y a-t-il un lien avec les "trebus" portés par les moines du XIIème siècle, sortes de jambières héritées des "trebuques" des barbares ? La pratique des échasses par les bergers disparat entre le milieu du XIXème siècle et le début du XXème : l'assèchement des marais les prive de leur utilité, mais comme cet assèchement fait aussi disparatre les pâturages, moutons et bergers s'évaporent aussi !

☻ Le béret, patrimoine national

Ni basque ni landais, il est béarnais, et date du Moyen-Age ! On le trouve sculpté dans la pierre de l'église de Bellocq (XIIIème), ainsi que sur un bas-relief de 1760 du monastère de Sarrance en vallée d'Aspe (voir photo). Tricoté à ses débuts par les bergers, en une seule pièce et en laine non teinte avec des aiguilles en buis, il se feutre à force d'être "battu" par les intempéries. Il se répand grâce aux colporteurs, notamment au pays basque ; de là, il gagne l'Espagne, puis l'Amérique du Sud, le Mexique, la Louisiane, la Californie et le Canada via l'émigration. Il est supposé basque à tel point qu'à Saint-Pierre-et-Miquelon, quand il neige à gros flocons, on dit qu'il pleut des bérets basques ! Toujours grâce aux Basques qui le portent pour jouer à la pelote, il devient basque aussi pour les touristes du XIXème siècle qui le découvrent à Biarritz et le ramènent comme souvenir du pays... Le béret va aussi coiffer les militaires, dès le XVIème siècle, et intègre par exemple la tenue règlementaire des Chasseurs Alpins en 1891. Associé à Greta Garbo, le Che, l'abbé Pierre, il est devenu international et reste pour les américains l'attribut symbolique du Français au même titre que la baguette

☻ Le pull marin, encore un breton émigré

Les marins pêcheurs bretons, comme leurs homologues britanniques, portent un tricot réalisé en mailles très serrées pour donner au vêtement une certaine imperméabilité ; long, près du corps, il est facile à enfiler grâce à son boutonnage sur le cté. Les marins militaires portent également des tricots : dans une circulaire ministérielle datant du 27 mars 1858, le tricot rayé des matelots est décrit comme une chemise de coton, en fils écrus et teints à l'indigo formant des raies alternativement bleues et blanches. Les officiers eux, portent un tricot uni.

D'origine professionnelle, le "pull marin breton" est devenu un vêtement de mode au cours du XXème siècle. En laine, uni ou à rayures, écru, rouge ou bleu, il a toujours son boutonnage sur l'épaule, mais se fabrique au Maroc aujourd'hui !

☻ Chandail, un petit mot désuet

Chandail, remplacé aujourd'hui par pull (over), désigne à l'origine un "maillot" (tricot) en laine ou en coton, sans bouton. Ce mot nat au XIXème aux Halles : abréviation populaire de "marchand d'ail" en "chand d'ail" que crient les vendeurs pour attirer l'attention, vendeurs qui portent un gros tricot pour se protéger du froid au petit matin. Malgré ce que l'on trouve sur Internet, ce mot n'a rien à voir avec les Johnnies de Roscoff, ces vendeurs d'oignons qui partent depuis des générations vendre leur production en Angleterre ( http://membres.lycos.fr/mrrosko ). Par contre, les marchands d'ail des Halles venaient bien de Bretagne !


☻ Quant à notre langue, voici quelques expressions :

Filer un mauvais coton
Avoir les jambes en coton (ou de laine)
Avoir les nerfs en pelote
Faire sa pelote
Bas de laine
Mouton à cinq pattes
Mouton enragé
Mouton de Panurge
Compter les moutons
Jouer à saute-mouton
Se faire tondre
Se laisser manger la laine sur le dos
Doux comme un agneau
Tricoter des jambes
Tirer la laine (voler de nuit des manteaux dans la rue)
Avoir maille à partir (mais là, ce n'est pas la même origine étymologique que la maille du tricot).

Tricot-Phosphore
19/6/04